Dans mes tableaux, les dessins en noir et blanc représentent l’avenir, une société qui reste à colorier, à réenchanter par les hommes.

Bibliographie

Livre d’Art VISION ET CECITE— de Gil ADAMY et Louis BANCE

Critères Editions http://www.criteres.org/fr/
Vendu en librairie - 25€

Préface de Véronique Grange-Spahis,
consultante en art, commissaire d’expositions et directrice artistique chez Doggy Art Bag

“Si un aveugle guide un aveugle, tous les deux tomberont dans un trou.”

Ne sommes-nous pas tous aveugles, nous qui considérons souvent comme normal ce qui ne devrait jamais l’être : l’injustice, l’indifférence, la misère, la souffrance… mal-être et souffrance qui créent la fracture. La métaphore biblique nous concerne aussi : où irons-nous si nous suivons, à tâtons, un guide incapable. Réponse évidente : la chute, non moins symbolique, est inévitable. L’art permet-il d’agir sur la réalité ? Artistes témoins de leur temps, Gil Adamy et Louis Bance sont d’abord des voyeurs. Ils ne proposent pas de réponse. Ils rendent compte de ce qui les entoure, dénonçant les dérives de la société. Une façon pour eux de s’insurger contre les dérives de toutes sortes, offrant une vision possible de l’évolution de l’Homme sur sa planète, avec son arsenal de mauvaises inspirations et ses intentions totalitaires face à la nature dont il se sent de plus en plus émancipé. Gil Adamy est peintre. Sa démarche de dessinateur de presse campe une situation caricaturale en quelques coups de crayon : son champ de prédilection est l’actualité. Louis Bance, pamphlétaire, réplique en ses mots, la portée de cette mise en exergue. En dehors de toute appartenance politique, sociale, ethnique ou religieuse, ce duo croise l’épée pour notre étonnement. « Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d’exclure de son attention le reste de son champ de vision. C’est en quoi le regard, qui est l’essence de la vie, est d’ abord un refus ». (Amélie Nothomb) Extrait de “La Métaphysique des tubes”.

- Gil Adamy est artiste : des toiles dans le mouvement de la figuration libre avec un regard sociétal où l’humour grince. La recherche de Gil Adamy porte sur les dérives humaines, moutonnières, extrêmes, voire fanatiques. Son propos est de mettre en scène le manque de pertinence des hommes, de mettre à nu la folie du monde et son absurdité mortifère. Avec une critique radicale de l’inconscience collective montrée avec humour et dérision, il met en perspective des signes marquant la décadence, la déliquescence, le déclin de notre civilisation plutôt que le contraire.

- Louis Bance est poète, scénariste et réalisateur : des textes et des films décalés, à l’humour engagé. Dans ses poèmes formés de deux quatrains, s’appropriant les titres des tableaux de Gil Adamy pour titres de ses écrits, Louis Bance apostrophe le lecteur ou se met en scène, allant sans fin, dialogue entre lui et la société dont il fait partie, reconnaît, vilipende, déteste ce qu’elle peut parfois donner à voir, rejette ce dont on l’incrimine… Non, rien de tout cela, ses stances ne reflètent que l’impression ressentie dans les toiles de Gil Adamy. Louis Bance joue avec les mots et leur sonorité avec panache, envolée lyrique renforcée par les alexandrins. C’est un cri d’amour autant que de souffrance. Louis Bance revendique la provocation, plus encore, l’insolence, et s’insurge « contre les principes mous de cette société soporifique basée sur la peur et la condescendance. » La démarche cinématographique de Louis Bance a des points communs avec la démarche picturale de Gil Adamy : « produire des tableaux innovants avec des plans insolites, choquer, provoquer, interpeller, pour façonner au moyen de l’image subliminale, un message personnel que je veux choquant et onirique (...) », refusant ainsi le confort du non-dit.

Deux générations séparent Gil Adamy et Louis Bance. Cet écart n’est que virtuel : ils se rejoignent dans leurs expressions artistiques en touchant des mondes qui se ressemblent et dégagent une atmosphère visuelle très forte, en noir et blanc et en couleurs, subtile et violente tout à la fois. Tous deux mettent leur talent au service d’un combat : dénoncer certains égarements de la société, dont la culture de la cécité. “Vision et cécité” est la rencontre de deux sensibilités. Sous le même titre, les peintures de Gil Adamy et les poésies de Louis Bance se répondent, chacun apportant à l’autre et les deux à tous, un point de vue, leur vision. Dans “Maintien de l’ordre”, Gil Adamy part d’un fait divers qui l’a marqué : en mai 2009, en Gironde, six policiers arrêtent un enfant de six ans pour un vol présumé de vélo... L’artiste représente l’enfant menotté encadré par des policiers, eux-mêmes enchainés avec des colliers autour du cou. En répond, Louis Bance écrit : « Arrêtez-moi de suite, enchaînez ma conscience Et venez dans un monde où l’irréalité D’un État policier clame à son omniscience : La folie aujourd’hui, c’est la normalité. » A une époque et dans une société où de grands problèmes sont montrés du doigt, leurs oeuvres incitent à l’implication et à l’engagement du monde de l’art dans les enjeux environnementaux et sociétaux, recouvrant un champ très large : facteurs de crise liés au système de production et de consommation, crise environnementale avec les changements climatiques ou l’érosion de la biodiversité, cadre conceptuel surtout avec la remise en cause de la dégradation des valeurs politiques et humaines que ce soit par la justice sociale ou le bien commun. Pourrait-on dire que les toiles de Gil Adamy sont jouissives ? Ses personnages proches de la bande dessinée nous envoient vers un univers comique, les situations paraissent, au premier abord, cocasses. Leur traitement est enlevé par des coups de pinceaux qui semblent jetés. La première lecture est colorée, ludique et légère, la seconde dévoile l’insondable voire l’intolérable de notre humanité. Message semblable dans le film “Cui bono ?” de Louis Bance, avec cette seule phrase : « La réalité vous est intolérable », qui apparaît sur l’écran. Est-ce un simple commentaire, une interprétation ou un avertissement ? Le monde n’est pas entièrement à rejeter ou à anéantir pour autant. Pas de jugement de valeur ni de condamnation définitive même si tout ce qui est relevé peut sembler négatif. Rien n’est d’ailleurs figé dans l’approche de ces deux artistes : Gil Adamy introduit dans ses peintures des objets ou des situations en noir et blanc qui sont peut être la base d’une nouvelle société à colorier... il nous laisse le choix de contribuer à la création de cet avenir en le coloriant à notre façon... Et Louis Bance de lui donner la réplique dans ces poèmes en criant : « Réveillez-vous ! » « Votre monde illusoire est un carcan de rêve Où vous vivez, éteints, avec les yeux fermés » Louis Bance Extrait de “Prison mobile”. Alors ouvrons nos yeux !

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